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In memoriam Michel Rocard

In memoriam Michel Rocard​

Michel Rocard nous a quittés début juillet suite à une longue maladie.

Il aura lutté jusqu’au bout, avec le courage et la volonté qu’on lui connait.

Mais aussi la lucidité qu’il a conservée jusqu’à la fin. N’a-t-il pas accordé à l’hebdomadaire « le Point » quelques jours avant sa mort un entretien – testament  remarquable ?

Il a été actif jusqu’au bout.

Mon dernier contact avec lui remonte à début juin parce qu’il souhaitait venir saluer le nouveau Président du Faso, Monsieur Kaboré, que l’INEADEC recevait à Bruxelles mais ses médecins le lui interdisaient…

Michel Rocard a apporté beaucoup à la politique  - au sens le plus noble du terme – tant par une pensée riche, universelle, généreuse  que par sa pratique fondée sur une éthique qui l’a sans doute empêché d’accéder à la présidence de la République Française.

C’était un homme de convictions, doublées du sens de la négociation, du compromis, qui l’amènera à trouver des solutions à des problèmes qui paraissaient insolubles comme ce fut le cas avec la Nouvelle Calédonie.

Il s’est battu pour un socialisme véritable, «gérant» d’une économie de marché. Utopie ? Ou la seule voie qui, tôt ou tard, devra s’imposer ?

La presse lui a rendu un hommage quasi unanime, soulignant largement ses qualités intellectuelles humaines et morales.

Il est inutile de revenir ici sur tout ce qui a été écrit et dit de cet homme, penseur et acteur de notre Société qui marque des générations.

Je voudrais, par contre, mettre en évidence un aspect de la personnalité de Michel Rocard qui n’a pas été, à mon sens,  assez souligné lors des hommages qui lui ont été consacrés.

Je veux parler de l’ami de l’Afrique.

Il aimait l’Afrique et la connaissait bien. Les Africains l’aimaient aussi, comme j’ai pu m’en rendre compte lors de divers voyages fait à ses côtés en Afrique.

C’est bien pour cela qu’il devint tout naturellement Président de notre Institut lors de sa fondation. C’est à l’unanimité des fondateurs européens et africains confondus, et sans la moindre hésitation, qu’il fut choisi.

Il comprenait bien l’Afrique. Ses problèmes, sa diversité, ses forces et ses faiblesses. Chez lui, il n’y avait ni paternalisme ni complaisance de mauvais aloi. Son franc-parler, son parler-vrai, ne l’empêchait nullement d’avoir de vraies amitiés.

Il a joué en Afrique et dans les relations franco-africaines, un rôle, souvent très discret, mais bien plus important qu’on ne le croit généralement.

Combien de fois n’a-t-il pas « déminé » les situations difficiles, concilié « les inconciliables » dans des conflits concernant l’Afrique et cela le plus souvent en toute discrétion.

Ce n’est donc pas un hasard si le Président du Cameroun, Monsieur Paul Biya s’est adressé à lui pour présider le comité scientifique de haut niveau, chargé de concevoir un colloque international à organiser à Yaoundé en mai 2010, pour fêter  le « 50ème anniversaire des indépendances africaines ».

Le Président Paul Biya pensait à un colloque « racontant » les 50 années d’indépendance. Michel Rocard l’en dissuada en défendant l’idée qu’il fallait se tourner vers l’avenir. L’avenir de l’Afrique dans lequel il croyait.

Il eut gain de cause et me fit l’honneur de m’associer à l’élaboration et à la réalisation de ce projet.

Ce fut une expérience passionnante dans laquelle Michel Rocard évoluait comme un poisson dans l’eau.

Et lors de la cérémonie officielle à laquelle se rendirent une quinzaine de chefs d’État africains, quelle ne fut pas la surprise des autorités camerounaises de voir le cortège officiel des chefs d’État, s’arrêter systématiquement et spontanément à hauteur de Michel Rocard à la demande de chacun des chefs d’État pour leur permettre de sortir du cortège et de le saluer chaleureusement.

Parmi ceux-ci, il y avait notamment le président ivoirien de l'époque, auquel l’ancien premier ministre français réserva des conseils appuyés concernant la crise que traversait la Côte d’Ivoire.

Michel Rocard a été un vrai Président de l’INEADEC.

Il insistait toujours sur son « incompétence juridique », alors qu’il avait une vision claire du rôle de droit dans la société et plus particulièrement dans le fonctionnement de l’économie.

Les réunions auxquelles il participait prenaient tout de suite de la hauteur. Il mettait les projets en perspective, voyait les vrais enjeux, dégageait des stratégies, ce qui n’empêchait nullement que le repas qui suivait soit ludique, surtout lorsqu’il racontait quelques anecdotes sur ses rapports avec … François Mitterrand !

Michel Rocard, l’INEADEC vous doit beaucoup et nous ne l’oublierons jamais.

Bernard REMICHE

Président de l’INEADEC


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